mnis mundi creatura
Quasi liber et pictura
Nobis est in speculum


Repère :

Premier Jour / Prime (page 30)

Source :

Ces vers sont tirés du "Rhythmus de incarnatione Christi" (XIIe siècle), attribué à Alain de Lille.

Voici le poème dans son intégralité :

Omnis mundi creatura
Quasi liber et pictura
Nobis est et speculum;

Nostre vite, nostre mortis,
Nostri status,nostre sortie
Fidele signaculum.

Nostrum statum pingit rosa,
Nostri status decens glosa,
Nostre vite lectio,
Quae dum primo mane floret
Defloratus flos effloret
Vespertino senio.

Ergo spirans flos expirat
In pallorem dum delirat
Oriendo moriens;
Simul vetus et novella,
Simul senex et puella,
Rosa marcet oriens.

Sic etatis ver humane
Juventutis primo mane
Reflorescit paululum;
Mane tamen hoc excludit
Vite vesper, dum concludit
Vitale crepusculum.

Cujus decor dum perorat
Ejus decus mox deflorat
Etas in qua defluit;
Fit flos fenum, gemma lutum,
Homo cinis, dum tributum
Homo morti tribuit.

Cujus vita, cujus esse
Pena, labor et necesse
Vitam morte claudere;
Sic mors vitam, risum luctus,
Umbra diem, portum fluctus,
Mane claudit vespere.

In nos primum dat insultum
Pena mortis gerens vultum,
Labor, mortis histrio;
Nos proponit in laborem,
Nos assumit in dolorem,
Mortis est conclusio.

Ergo clausum sub hac lege
Statum tuum, homo, lege,
Tuum esse respice,
Quid fuisti nasciturus,
Quid sis presens, quid futurus,
Diligenter inspice.

Luge penam, culpam frange,
Motus frena, fastum frange,
Pone supercilia;
Mentis rector et auriga,
Mentem rege, fluxus riga,
Ne fluant in devia.

Traduction :

Toute créature du monde
Est pour nous comme un livre,
Une peinture et un miroir,

De notre vie, de notre mort,
De notre condition, de notre sort
La sûre indication.

Notre condition est peinte dans la rose,
De notre condition belle glose,
Leçon de notre vie;
Tandis qu’au petit matin elle fleurit
Elle perd sa fleur, fleur défleurie
Par la vieillesse du soir.

Donc la fleur qui respire expire
A en pâlir, tandis qu’elle délire
En mourant à sa naissance;
A la fois ancienne et nouvelle,
A la fois vieille et jouvencelle,
La rose se fane en naissant.

Ainsi le printemps de l’existence
Au petit matin de la jeunesse,
C’est à peine s’il refleurit;
Or, le soir de la vie exclut
Ce matin, tandis que se conclut
Le crépuscule de la vie.

Tandis que pérore son charme,
Bientôt déflore sa parure
L’existence qui l’emporte;
La fleur se fait foin, la gemme boue,
L’homme cendre, tandis qu’à la mort
Il acquitte son tribut.

Car sa vie, car son être
Sont peine, labeur et nécessité
De clore la vie par la mort;
Ainsi la mort clôt la vie,
Les pleurs le rire, l’ombre le jour,
Les flots le port, le soir le matin.

Nous donnent d’abord l’assaut
La peine, qui porte visage de mort,
Le labeur, qui mime la mort;
Elle nous expose au labeur,
Il nous réserve à la douleur,
La mort apporte la conclusion.

Donc, sous cette loi enclose,
Lis, homme, ta condition,
Tourne ton regard vers ton être,
Ce que tu fus à ta naissance,
Ce que tu es à présent, ce que tu seras,
Plonges-y ton regard avec attention.

Pleure ta peine, plains ta faute,
Refrène tes émotions, brise ta fierté,
Dépose ton orgueil;
Pilote et aurige de ton esprit,
Gouverne-le, dirige son cours,
Pour ne pas courir à l’inconnu.

(Traduction trouvée dans cet essai de Florent Rouillé)

Notes :

Il est intéressant de noter que le poème utilise l'analogie de la rose pour décrire la fragilité de la vie et l'inéluctabilité de la mort.

Adso fait référence, plus tard dans le roman, et de façon indirecte, à ce poème - dans "Quatrième jour / Tierce" (page 301). [TKTNR]

Ce poème a été retenu par Jacques-Paul Migne lorsque celui-ci constitua au XIXe siècle sa Patrologie Latine.

Merci à Adler, administrateur du forum Requiem Cum Libro, d'avoir travaillé le premier (de nous deux, au moins ;p) sur cette entrée (page originale visible ici), et de m''avoir autorisé à reprendre son contenu sur mon site.

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